InterviewsLes femmes d'Afrique

Saloua Dlimi

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1- Bonjour, avant tout, pouvez-vous vous présenter, nous raconter votre parcours et vos activités

Souvent quand on me pose la question sur qui je suis, je dis que je suis beaucoup de chose à la fois. Je suis une femme, une maman, une fille, une sœur, une amie mais surtout une citoyenne de ce village qui est notre monde à tous et dont nous sommes toutes et tous responsables. Mais pour cette occasion, je commencerai par le commencement. Je m’appelle Saloua Dlimi, née le 25 janvier 1984 à Dakhla, que j’aime appeler la Perle du Sahara Marocain.

Mes parents sont tous deux issus de cette région, fief de la tribu des Ouled Dlim dans la région du Sahel. Je suis aussi la petite fille de grands-mères issues d’autres grandes tribus du Sud du Maroc ce qui me fait penser au dicton Hassani qui compare les femmes aux racines de la terre. A l’âge de trois ans, mon père, lauréat des écoles supérieures de Paris et Lyon dans les années ’70, nous emmène mes trois petits frères, ma sœur et moi à Rabat pour bénéficier d’une bonne éducation académique. Puisque la langue arabe est, d’après lui, une partie importante de notre identité religieuse et culturelle, nous avons fait le primaire dans une école marocaine à Rabat avant d’intégrer les missions étrangères. Dans mon cas j’ai choisi d’aller à l’école américaine de Rabat où j’ai obtenu mon bac. Un choix que je n’ai jamais regretté. Comme il est coutume au Sud du Maroc, je me suis mariée très jeune, à l’âge de 18 ans, et eu ma fille à l’âge de 20 ans. Mais parce que je voulais continuer mes études je me suis inscrite à l’université quand ma fille avait 18 mois et eu ma licence en Global Management à l’Université Américaine City University of Seattle en Bulgarie où mon père été Ambassadeur de Sa Majesté pendant trois ans. Peut être le moment le plus difficile dans ma vie était de me séparer de ma fille quand ma famille est rentrée au Maroc et que j’ai dû passer une année de plus en Bulgarie pour finir mes études.

2- Et votre vie professionnelle

Après avoir obtenu ma licence, je suis rentrée au Maroc en 2010 avec l’idée de participer au développement économique de mon pays. J’ai eu l’opportunité de travailler pour l’Agence Marocain pour le Développement des Investissements, qui était récemment crée à l’époque. Pendant trois ans j’ai travaillé dans le département commercial qui démarchait la multinationale nord américaine, japonaises et sud coréennes. Cette expérience m’a vraiment ouvert les yeux sur le potentiel unique de notre pays et l’importance des investissements structurants générateurs d’emplois et de transfert d’expertise de la part des multinationales leaders dans leurs secteurs comme Bombardier, IBM, Boeing, Mitsui et Samsung pour nommer quelques unes.

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En 2014, j’ai eu le plaisir de travailler pour le Programme de Développement des Nations Unis en collaboration avec l’Agence Marocaine pour le Développement Socio-économique des Provinces du Sud où j’ai occupé le rôle de Marketing Manager avec la mission de développer une stratégie commerciale pour identifier et booster les investissements dans la Région de Guelmim Oued Noun.

En 2015, j’ai décidé qu’il était temps de me lancer dans le consulting en freelance et j’ai créé mon cabinet BrightWindow qui facilite l’installation des investisseurs étrangers au Maroc. La raison de ma décision était également due au besoin de me consacrer plus à ma fille qui était maintenait au collège et d’être plus flexible pour prendre du recul sur ce que j’ai accomplis jusque là. Mais parce que je ne sais pas ne pas être productive, j’ai pu participer à des projets dont je suis fière que ça soit en freelance ou en partenariat avec des cabinets de conseil américains.

En 2018, des amis proches m’envoient une offre d’emploi publiée par l’Ambassade Britannique au Maroc en me disant que c’était un job tailor made pour mon profil donc j’ai postulé. Deux interviews et quelques mois plus tard, j’étais recrutée pour travailler en étroite collaboration avec l’Ambassadeur Britannique en tant que Senior Trade Policy Advisor. Mon rôle au sein de l’ambassade nécessitait de porter plusieurs casquettes dans la sphère du commerce international et investissement en allant de l’identification des barrières d’entrée que rencontraient les entreprises britanniques sur le marché marocain, en passant par la création de la taskforce en collaboration avec le Ministère de l’Industrie du Commerce et des Investissement pour renfoncer la collaboration institutionnelles entre les deux royaumes et enfin de prendre le lead du cote britannique sur la mise en œuvre de l’Accord d’association signé quelques mois plutôt à Londres par les représentants des deux gouvernements.

3- Et pourquoi ce secteur d’activité

J’avoue que le secteur dans lequel j’opère depuis plus d’une décennie maintenant qui est la promotion et la facilitation des relations commerciales et des investissements directs étrangers n’était pas un secteur que j’ai explicitement choisi mais plutôt lui qui m’a choisie. J’ai toutefois développé une passion pour ce que je fais quand j’ai découvert au tout début de ma carrière qu’il y avait un bénéfice socio-économique extraordinaire pour notre pays et pour les pays en voix de développement en général. L’ouverture du Maroc sur les marchés internationaux et son attractivité vis-à-vis des multinationales prouve que le leadership et la politique visionnaire de sa Majesté le Roi Mohamed 6 ont réussi a mettre le Maroc sur la carte des destinations d’affaires les plus performantes sur le continent malgré les défis régionaux et internationaux que nous rencontrons en continu et ca me réjouis de penser que je peux participer à cette vision même si sur une échelle très modeste.

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4– Quels sont vos projets à venir ?

Je me suis installée récemment à Londres où je compte continuer mon travail de consultante en commerce international et investissement pour consolider les échanges commerciaux entres les entreprises britanniques et le Maroc mais aussi d’étendre le champ de mon activité pour couvrir d’autres pays africains. Aussi j’ai lancé deux activités à Londres, une qui est une marketplace digitale pour commercialiser les produits de luxe de l’artisanat marocain en collaboration avec des marques 100% marocaines et la deuxième se focalisera sur la facilitation d’accès aux fonds nécessaires pour aider les startups africaines pour concrétiser leurs projets innovants. D’autre part, j’ai commencé à m’intéresser de plus prêt à ma ville natale qui est Dakhla. Les secteurs qui à mon avis sont porteurs d’opportunités et sur lesquels je me suis penché sont le tourisme et le bien-être, l’éducation, l’agriculture à haute valeur ajoutée et l’immobilier.

5- Quels sont les moments ou événements qui ont changé votre vie

Il y en a eu plusieurs, comme la naissance de ma fille, la décision de reprendre mais études supérieurs en tant que jeune maman et le retour dans mon pays ! Mais je dirai qu’à chaque fois j’ai décidé de fermer un chapitre dans ma vie pour commencer un autre, la Volonté Divine a fait que le process soit riche en bonnes leçons, pas toujours faciles je l’avoue, mais néanmoins cruciales pour mon développement personnel.

6– Quel est votre conseil pour les femmes qui veulent réussir ?

Je ne sais pas si je suis la mieux placée pour donner de tel conseil puisque je suis moi-même toujours en quête de ce qu’on appelle « the next best thing » donc la définition de la réussite en elle-même est très relative. Mais je pense qu’en tant que femmes, nous sommes souvent mises à l’épreuve sur nos soft skills et capacités de leadership. Il est donc important de persévérer, de rester égale à ces valeurs, de ne jamais prendre des décisions en se basant sur ses craintes mais de le faire de manière à ce qu’on puisse tirer vers le haut tout ceux qui croisent notre chemin. L’autre facteur de réussite que j’ai beaucoup vu dans les pays anglo-saxons mais qui n’est pas tres développer dans notre mindset au Maroc, ou en Afrique en général, est le mentorat. De trouver un mentor, de préférence une femme parce qu’elle est plus apte a comprendre le parcours d’une jeune femme qui commence son aventure professionnelle, peut changer la donne et ajoutée une plus value remarquable de part son expérience et ses leçons apprises.

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7- Votre avis sur la situation de la femme au Maroc

La femme marocaine est de plus en plus émancipée et consciente de l’importance de sa participation dans notre société nord africaine, arabe, berbère et musulmane et peut tracer son chemin d’elle-même. Personnellement je viens d’une société matriarcale basée sur la culture Hassanie qui est très présente dans les provinces du sud du Maroc. Cette éducation, qui vient se rajouter au melting pot culturel dans lequel j’ai bercé depuis mon tres jeune âge, fait que ma vision féministe est inspirée par des figures féminines des générations précédentes de femmes fortes qui n’ont pas permis à leurs contraintes, comme l’analphabétisme, de définir le rôle qu’elles peuvent jouer dans leur société que ça soit au sein de leur famille ou à travers les activités de commerce qu’elles ont pu développer chacune à son rythme. Mais si je compare la situation de la femme marocaine avec le pays de ma résidence actuel qui est le Royaume Uni, je dirai qu’il est temps de passer à la vitesse supérieure. Il est vrai que la femme marocaine est forte et occupe des rôles de plus en plus divers et influents mais de nos jours, la force se trouve dans l’indépendance financière. Il est nécessaire que les femmes marocaines et africaines se soudent et créent des relais financiers qui permettront d’investir et de financer dans des projets portés uniquement par des femmes.


8– Votre avis sur le site ?

Je félicite le magazine le Monde Féminin pour ses efforts qui permettent aux femmes d’avoir une plateforme pour communiquer et célébrer leurs réussites. Il est inspirant de voir d’autres femmes lutter contres les contraintes qu’elles soient culturelles ou autres pour concrétiser leurs rêves et ambitions. Créer une communauté est crucial pour apprendre les unes des autres mais aussi pour s’entraider quand il le faut.

 

9– Dernier mot ?

Whatever you do, do it with kindness and grace !

 

Entretien réalisé par Aziz HARCHA
Avril 2023

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2 commentaires

  1. C’est magnifique.
    Quel beau parcours et encore tant de choses à accomplir, merveilleuses. Bravo Saloua, nous marcherons du même pas !

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